La valeur des choses

La valeur des choses

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Money is nothing !Aujourd’hui les gens connaissent le prix de tout et la valeur de rien. [Oscar Wilde]

Je pourrais presque m’arrêter là, tout est dit !
Même si chacun a sa propre échelle de valeur, il est communément accepté que certaines valeurs soient universelles. Pourtant force est de constater que « la valeur » d’une chose ou d’un être se réduit aujourd’hui à son expression littérale, c’est à dire monétaire.

L’homme ne vaut plus que par son compte bancaire.

Il est fort peu envisageable qu’un homme comme Gandhi puisse avoir la même notoriété s’il vivait aujourd’hui. Pourtant l’accès à la notoriété n’a jamais été aussi facile. N’importe qui peut devenir célèbre du jour au lendemain et chose encore plus impensable même s’il n’a pas une once de talent. Comme si avec l’explosion des nouvelles technologies il devenait impératif de ne laisser aucun répit au consommateur, de remplir toutes les cases vides de son armoire à désirs en faisant fi de la qualité, du bon goût ou même de la morale.

Résultat

Les limites deviennent floues, la valeur des choses aléatoire. La masse bêlante d’entre nous suit aveuglément  la
« tendance », les « must have » et vénèrent le Dieu du « IN » et du « OUT ». Il faut montrer signe de richesse décomplexée, même s’il faut pour cela arborer la « Rolex », le ventre vide.
Je reste perplexe parfois devant le prix de certaines choses au regard de leur valeur réelle. C’est à ces moments là que je me dis qu’en réalité on peut se passer de presque la casi totalité de nos possessions. Les trois quarts de nos achats sont motivés par l’achalandage agressif dans lequel nous baignons en permanence. Un savant processus de création de désirs par matraquage et incitation. Alors pour se déculpabiliser et  se « revaloriser » il existe la phrase magique « c’est parfaitement inutile donc rigoureusement indispensable ». Phrase qui hisse instantanément au panthéon de la branchitude.

Pourtant à bien y réfléchir toutes ces possessions nous entravent.

Nous alourdissent et nous maintiennent fermement enclavés dans une norme passive. Je vous entends d’ici, non, je ne suis pas une illuminée adepte du bio, du tout fait main, recyclage et co. Je ne vis pas dans une maison en bois de palettes avec des toilettes sèches et des vêtements en chanvre. Sans dénigrer pour autant ces derniers, je n’ai pas l’assiduité nécessaire à ce mode de vie et surtout le contexte qui le permet ni même l’envie de supprimer toute technologie. Cependant, tout comme vous, je sais qu’il y a là une piste. Le retour aux vraies valeurs, la terre, le naturel, le sain… Mais revenons à nos moutons, ces possessions nous aliènent parce qu’elles brident notre spontanéité, notre instinct, distordent notre échelle de valeurs et au final nous font perdre de vue l’essentiel. Les êtres qu’on aime, les choses merveilleuses de la vie, les petits plaisirs simples. Et le summum de l’escroquerie est qu’elles sont chrono-phages. Le temps c’est de l’argent ! mais il faut bien avouer qu’on le dépense plus facilement en shopping, décoration, restaurants, cinés, loisirs, bref, toutes sortes d’activités rarement gratuites alors qu’il est plus difficile de donner de son temps aux autres sans revêtir le manteau de la condescendance.

Il y a du plaisir à s’intéresser aux autres.

Tendre la main, l’oreille, aider sans attentes, faire sans projeter.
Non, vraiment le constat est triste. Entre les solitaires parmi la foule et les extravertis qui s’agitent dans une frénésie d’activités et de rencontres, quelle place reste-t’il aux vraies relations, aux vrais échanges ? La poursuite du bonheur a défiguré le bonheur lui-même. On nous donne l’illusion que le bonheur se
trouve dans l’opulence, l’accumulation, la consommation sans limites. Alors que la liberté ne peut se concevoir avec des entraves, qu’elles soient matérielles, sociales ou émotionnelles.
On nous aiguille vers une individualisation, une désolidarisation totale, on distille dans nos émotions un sentiment d’indifférence générale qui fait de nous des êtres certes dociles tant que nos désirs immédiats sont satisfaits mais certainement pas vivants et peut-être pas si heureux !

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